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Le bibliophile Heurtebise

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Anciennement librairie Heurtebise, "le bibliophile Heurtebise" propose des informations culturelles en relation avec les métiers du livre, mais aussi des descriptifs de curiosités bibliophiliques. Actualités littéraires, critiques, salons, foires aux livres...


Philippe Sollers, le divin, fou de Littérature !

Publié par HEURTEBISE sur 3 Juillet 2026, 08:20am

Catégories : #Coup de Coeur

Philippe Sollers est né en 1936 près de Bordeaux dans une famille d’industriels. En 1957, il publie Le Défi, son premier roman. Trois ans plus tard, il fonde aux Éditions du Seuil la revue Tel Quel, (*) qui défend jusqu’en 1982 des auteurs essentiels comme Artaud, Bataille, Joyce, Foucault, Barthes et Lacan. Il crée ensuite la revue L’Infini, d’abord aux Éditions Denoël puis aux Éditions Gallimard, ainsi que la collection du même nom, qu’il dirige toujours.

Ces nombreux romans sont traversés par diverses recherches stylistiques : abandon de toute ponctuation visible, notamment dans H et Paradis (I et II) ; écriture plus « figurative » avec Femmes, un tournant dans son œuvre ; utilisation du cut up ; insistance sur la fonction critique et subversive d’une écriture de plus en plus marquée par la réflexion intérieure.

Il rédige aussi des essais d’ambition encyclopédique dans lesquels il livre sa vision de l’histoire de l’art, fondée sur la défense de l’individu, de la création et du désir. Il est l’auteur de monographies de grands artistes et de biographies romancées témoignant d’un goût prononcé pour le XVIIIe siècle. Auteur complexe, Philippe Sollers est l’une des personnalités les plus incisives de la scène littéraire française et tient par-dessus tout à défendre lecture et liberté.

Philippe Sollers, écrivain auteur de romans, essais et biographie (ici en 1999). (©John Foley/Opale / Bridgeman Images)

Philippe Sollers, écrivain auteur de romans, essais et biographie (ici en 1999). (©John Foley/Opale / Bridgeman Images)

(*) Tel Quel est une revue de littérature française d'avant-garde, fondée en 1960 à Paris aux Éditions du Seuil par plusieurs jeunes auteurs réunis autour de Jean-Edern Hallier et Philippe Sollers. La revue avait pour objectif de refléter la réévaluation par l'avant-garde des classiques de l'histoire de la littérature. Parmi les contributeurs, qui livrent des travaux généralement inédits, on note au cours de ces années les noms de Roland Barthes, Georges Bataille, James Joyce, Nathalie Sarraute, Jacques Derrida, Michel Foucault (qui encense la revue en 1963)[8], Bernard-Henri Lévy, Maurice Roche, Tzvetan Todorov, Francis Ponge, Umberto Eco, Gérard Genette, Pierre Boulez, Jean-Luc Godard, Philippe Muray, Stephen Jourdain, Pierre Guyotat.

La publication s'est interrompue en 1982 après 94 livraisons. (Ces numéros sont appréciés par les collectionneurs bibliophiles).

- N° 48/49 - 1972 -

- N° 48/49 - 1972 -

Petite bibliographie.

Romans

Une curieuse solitude, Seuil, 1958

Le Parc, Seuil, 1961, Prix Médicis

Drame, Seuil, 1965

Nombres, Seuil, 1968

Lois, Seuil, 1972

H, Seuil, 1973

Paradis, Seuil, 1981

Femmes, Gallimard, 1983, Folio 1985

Portrait du joueur, Gallimard, 1985

Paradis 2, Gallimard, 1986, Folio 1995

Le Cœur absolu, Gallimard, 1987, Folio 1989

Les Folies françaises, Gallimard, 1988, Folio 1990

Le Lys d’or, Gallimard, 1989, Folio 1991

La Fête à Venise, Gallimard, 1991, Folio 1993

Le Secret, Gallimard, 1993, Folio 1995

Studio, Gallimard, 1997, Folio 1999

Un Amour américain, Mille et une nuits, 1999

Passion fixe, Gallimard, 2000, Folio 2001

L’Étoile des amants, Gallimard, 2002, Folio 2004

Une Vie divine, Gallimard, 2006, Folio 2007

Un vrai roman, Mémoires, Plon, 2007

Les Voyageurs du Temps, Gallimard, 2009

Trésor d’Amour, Gallimard, 2011

Essais

L’Écriture et l’expérience des limites, Seuil, 1971

Théorie des exceptions, Gallimard, 1985, Folio 1986

Improvisations, Gallimard, 1994

La Guerre du goût, Gallimard, 1994, Folio 1996

Sade contre l’Être suprême, Gallimard, 1996

L’Année du tigre, Journal de l’année de la fin du siècle, Seuil, 1999

Éloge de l’infini, Gallimard, 2001, Folio 2003

L’Intermédiaire, Seuil, 2001

Liberté du XVIIIe, Gallimard, 2002

Illuminations, Laffont, 2003

Dictionnaire amoureux de Venise, Plon, 2004

Guerres secrètes, Carnets nord, 2007

Grand beau temps, Cherche Midi, 2009

Discours parfait, Gallimard, 2010

Monographies

Les Surprises de Fragonard, Gallimard, 1987

Rodin, dessins érotiques, avec Alain Kirili, Gallimard, 1987

De Kooning vite, La Différence, 1988

Le Paradis de Cézanne, Gallimard, 1995

Picasso, le héros, Le Cercle de l’art, 1996

Les Passions de Francis Bacon, Gallimard, 1996

Biographies

Le Cavalier du Louvre : Vivant Denon, Plon, 1995

Casanova l’admirable, Plon, 1998

Mystérieux Mozart, Plon, 2001

Philippe Sollers, le divin, fou de Littérature !

La grande force et la ruse de Sartre, c'est sa vitesse. Non pas celle d'un « agité du bocal », comme l'a dit cruellement, et en état de légitime défense, Céline, mais plutôt celle d'une boule d'énergie tournant à toute allure devant vous. Vous ouvrez « les Mots », et dès la première phrase c'est parti : « En Alsace, aux environs de 1850, un instituteur accablé d'enfants consentit à se faire épicier.» La suite, on croit la connaître, à condition de la simplifier, d'essayer, en pure perte, de la consacrer ou de la nobéliser. Qui a été le plus lucide sur soi-même et ce vieux pays de notables petits-bourgeois qu'on appelle encore la France ? Personne. Qui a encore très mauvaise réputation aujourd'hui ? Personne. Extrême liberté de Sartre dans tous les sens, même contradictoires.

http://www.philippesollers.net/

Philippe Sollers, le divin, fou de Littérature !

Entretien dans Études, revue fondée en 1856 par des Pères de la Compagnie de Jésus.

Propos recueillis par Nathalie Sarthou-Lajus et Vincent Sarthou-Lajus.

- À vous lire, la littérature ne se limite pas à la littérature, elle dépasse le domaine des œuvres. Qu’est-ce donc qui se profile dans l’expérience même de ce qu’on appelle la littérature ?

- Le terme de littérature est flou désormais, parce que vous avez dans la marchandisation générale des livres quelque chose qui s’appelle, parfois, furtivement, de la littérature, le reste étant uniquement rempli par des livres, de la fabrication de romans ou d’essais plus ou moins profonds ou d’actualité. Alors, il est difficile de dire ce qui est de la littérature et ce qui n’en est pas. Une très mauvaise littérature envahit non seulement les librairies, les marchés, mais remplit aussi les têtes humaines. En général, elle se résume à quelques problèmes du roman familial indéfiniment régurgités, ruminés, à quelques avancées psychologiques, mais toujours en ritournelle. C’est un vrai problème. La plupart des êtres vivants sur la planète globalisée vivent quelque chose à côté de ce qui est en train d’avoir lieu, et sont dans un monde de dévastation et de souveraineté de la technique, tout en gardant dans leur esprit des représentations qui datent du XIXe siècle. C’est ce décalage-là qu’il faut apprécier. Tous les jours, c’est mon travail d’éditeur : je rencontre des auteurs dont les problématiques personnelles sont des archaïsmes absolument massifs, sur quoi il faudrait leur conseiller, en général, d’aller s’allonger sur le divan d’un psychanalyste pour débrouiller un peu les embarras qu’ils ressentent avec leur imagination. Si l’on se préoccupe de ce qu’est réellement la littérature, c’est une très longue histoire. Je ne vais donc pas vous la pointer dans tous ses détails, mais je vais prendre un exemple étonnant. Je lis ces temps-ci les Mémoires de Saint-Simon. Il n’y a rien de plus urgent, à mon avis, à lire aujourd’hui. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi. Ouvrez n’importe quel volume, et vous allez être absolument passionné par la description de l’époque. Je ne parle pas de ceux qui imitent Saint-Simon pour décrire aujourd’hui la situation politico-mondaine dans laquelle nous sommes plongés, je parle de Saint-Simon lui-même. Et si vous lui aviez dit, au duc de Saint-Simon : « Alors, vous faites de la littérature, vous êtes écrivain ? », il vous aurait regardé avec un air de profonde stupéfaction : « Écrivain ? je ne suis pas écrivain ! » Il s’excuse même de son style, alors que c’est le plus brillant qui ait jamais existé en français, le plus remarquable, le plus pointu… « Je n’ai jamais su être un sujet académique, je n’ai jamais pu me défaire d’écrire rapidement. Je ne comprends pas ce que vous dites, je ne suis pas écrivain, je suis le duc de Saint-Simon, j’écris mes Mémoires. De la littérature ! Mais de quoi parlez-vous ? J’écris la vérité, la vérité à la lumière du Saint-Esprit. » Là, tout à coup, le concept de littérature explose. Nous pénétrons dans ce que le langage peut dire à un moment comme vérité. La vérité pour Saint-Simon, c’est quelque chose de tout à fait saisissant : tout est mensonge, corruption, chaos, la mort est là toutes les trois pages, les intrigues n’arrêtent pas, c’est un brasier de complots, l’être humain a l’air de passer comme une ombre, attaché à tout ce qu’il peut y avoir de plus sordide, de plus inquiétant. Lisez, par exemple, son portrait du duc d’Orléans, et vous serez saisi d’admiration. Vous êtes devant quelque chose qu’un universitaire vous dira être de la littérature et, évidemment, c’est tout autre chose: c’est une position métaphysique très particulière, quelqu’un qui écrit en fonction de ce qu’il veut dire comme vérité.

Je peux prendre un autre exemple. Vous pouvez me dire qu’un poète, c’est de la littérature : Shakespeare, Hölderlin, Baudelaire, Rimbaud, c’est de la littérature… Vous auriez dit à Rimbaud : « Alors, vous êtes un poète français, vous faites de la littérature ? », il vous aurait ri au nez ! Une saison en enfer, vous croyez que c’est de la littérature ? Rimbaud n’a pas l’obsession de faire une œuvre, de publier. Il pose les questions fondamentales, de la vie, de la mort : y a-t-il une issue, peut-on ou non sortir de l’enfer ? Prenez la dernière phrase d’Une saison en enfer : « Et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps » (c’est lui qui souligne). Pourquoi « loisible » ? Pourquoi le verbe « posséder », qui est un terme très fort ? Pourquoi « dans une âme et un corps » ? Vous pouvez dire que c’est de la littérature, mais vous ne faites qu’obscurcir les questions. C’est bien autre chose. C’est une expérience physique et métaphysique tout à fait surprenante. Chaque fois que je relis Rimbaud, je le lis comme pour la première fois, ce qui est le propre de la très grande poésie. Ce qui m’arrive aussi avec Dante ou avec Homère. Chaque fois, c’est la même stupeur d’être devant quelque chose qui, quelle que soit l’époque, vous parle au plus profond, au plus vif de vous-même, pour autant que vous soyez un peu réveillé, un peu vivant. Quand je prends l’autobus, je me récite : « Mon âme éternelle/observe ton vœu/malgré la nuit seule/et le jour en feu… » Rimbaud a fait quelques corrections très intéressantes, parce qu’il avait d’abord écrit « malgré la nuit nulle et le jour en feu » ; cela pour enchaîner sur les vers suivants : « donc tu te dégages/des humains suffrages, des communs élans/tu voles selon ». C’est bien de réciter ça dans le bus ! On peut commenter ces vers indéfiniment. D’abord, qu’est-ce que cela signifie quelqu’un qui tutoie son âme ?… « Observe », au deux sens du mot : regarde et accomplis… « Tu voles selon», ce « selon » est magnifique. Qu’est-ce que ça veut dire ? Je suis avec mon âme éternelle, je la tutoie, et j’observe en observant son vœu qu’elle vole selon. Selon quoi ? Eh bien, selon ! à son gré, si vous préférez, à sa guise… Alors vous retrouvez le début : « Elle est retrouvée, quoi ?/ L’éternité,/ C’est la mer mêlée au soleil.» Il avait écrit d’abord « allée avec le soleil », et il a corrigé par « mêlée au soleil ». Alors, qu’est-ce que vous constatez ? Il est question de l’espace et du temps, des catégories fondamentales de l’existence, de ce sur quoi la pensée devrait s’interroger à chaque instant… C’est la même expérience avec Parménide, Héraclite, Nietzsche, ou encore la Bible. Nous pouvons faire comme si c’était de la littérature, pour ne dire finalement que des clichés, alors que nous sommes devant des propositions essentielles pour notre vie même, ici et maintenant, tous les jours.

Pour la lecture complète de l’entretien. Suivre le lien ci-dessous.

P. Sollers et J. Kristeva - © Photo Samuel Kirszenbaum.

P. Sollers et J. Kristeva - © Photo Samuel Kirszenbaum.

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