Albert Skira (1904-1973), originaire d'Onsernone dans le Tessin (Suisse), portait sur son acte de naissance le nom de Albert Schira mais lors de l'ouverture de sa première maison d'édition, à Lausanne en 1928, son nom est orthographié « Skira ».
Il descend d'une famille de juifs espagnols qui avait fui les persécutions au XVIIe siècle pour s'installer en Suisse. Pour sa nouvelle maison d'édition, Albert Skira s'approche de Picasso, et cette rencontre débouche sur une collaboration avec l'illustration des Métamorphoses d'Ovide en 1931, soit trente eaux-fortes. Il récidive en 1932 avec Matisse pour les Poésies de Stéphane Mallarmé puis avec Dali pour Les Chants de Maldoror de Lautréamont en 1934 et les Bucoliques de Virgile par André Beaudin en 1936. Albert Skira se distingue notamment par son génie de la mise en page.
Albert Skira lance alors sa propre revue d'art Minotaure. (L'ensemble des numéros a été réédité en fac-similé par Arno Press (New York) en 1968, puis par les éditions d'art Albert Skira en 1980-1981.) La revue à tête de bête compte treize numéros qui se sont échelonnés de 1933 à 1939. Pour cette entreprise, Albert Skira s'associe au critique d'art grec Tériade. De 1944 à 1946, il publie l'hebdomadaire Labyrinthe, puis la Psychologie de l'art d'André Malraux de 1947 à 1949 en trois volumes : Le Musée imaginaire (1947), Création artistique (1948) et Monnaie de l'absolu (1949).
Il édite de nombreuses collections consacrées à l'histoire de la peinture : Trésors de la peinture française (1935-1951), Les Grands Siècles de la peinture française, Le Goût de notre temps, Les Sentiers de la création, L'Entrée du clown avec Jean Starobinski. Les années 1960 s'ouvrirent au monde avec Les trésors de l'Asie (1960), Les trésors du Monde (1962), Arts Idées Histoire (1964).
Albert Skira fit un énorme travail de vulgarisation, faisant connaître au grand public, au gré de ses collections, les œuvres des maîtres, le style des Écoles et les trésors des hauts lieux de l'art. C'est surtout par l'invention du livre tout illustré en couleurs qu'Albert Skira conquit sa renommée mondiale.
Les artistes les plus célèbres de l'époque l'ont honoré de leur amitié : André Breton, André Malraux, Paul Éluard, Jacques Prévert, Louis Aragon, Eugène Ionesco, Pablo Picasso, Henri Matisse, Salvador Dalí, Alberto Giacometti. Il a publié en 1955 deux livres de Georges Bataille : Lascaux, ou la Naissance de l'art, et Manet.
Source : Wikipédia.
© Éditions Albert Skira : Vingt ans d'activité - Publié par les Éditions d'Art Albert Skira, Genève, 1948.
Dans les années 2010, Skira entreprend une série de collaborations de plus en plus importantes avec des musées et des fondations culturelles, et est nommée éditeur officiel du musée Munch en 2013, puis partenaire du Louvre Abu Dhabi dès 2017. Depuis 2019, Skira est l’éditeur des « Gallerie d’Italia », le plus grand projet culturel privé d’Italie. En 2023, Skira rejoint une réalité majeure dans la production et l’ingénierie culturelles, le groupe Chargeurs Museum Studio, renforçant ainsi sa présence internationale.
Un autre regard...
«Lorsque pour la première fois je vis Albert Skira dans son petit bureau », raconte Brassaï dans Conversations avec Picasso, « je fus surpris d’y trouver un homme jeune, grand, svelte, au visage rose, aux yeux bleus, aux cheveux blond doré : un chanteur de charme plutôt qu’un éditeur d’art. » L’Helvète au physique de jeune premier, avant de fonder à l’âge de 24 ans sa maison d’édition à Lausanne, avait été danseur mondain dans les palaces de Saint-Moritz et de Davos. « Il faisait danser les dames pour gagner sa vie », raconte son fils Jean- Michel Skira. « Suisse italien d’origine tessinoise, né à Genève le 10 août 1904 d’un père ouvrier et d’une mère institutrice, il était enfant unique. Sa mère, qui avait une haute idée de lui, avait pour son fils de grandes ambitions. » C’est dans les hôtels de luxe des stations de la Haute Engadine qu’il a l’occasion de rencontrer, durant les années 1920, les amateurs d’art, collectionneurs et bibliophiles, qui le confirment dans son ambition naissante de devenir éditeur. Attiré par l’effervescence parisienne, Albert Schira – il transformera son nom pour qu’il soit prononçable par les Français – part en 1928 à la rencontre de Picasso pour lui demander d’illustrer les Métamorphoses d’Ovide. Le grand Pablo, à presque 50 ans, n’est plus l’inconnu miséreux qui fit ses débuts à Montmartre. « Jeune homme, je suis très cher », pouffe-t-il pour se débarrasser de l’importun. C’était sans compter sur la ténacité de Skira. « Il a fait le siège de la rue de La Boétie », raconte Pierre Skira, l’autre fils de l’éditeur. « Au bout de la douzième tentative, Picasso s’est résigné. » Inflexible dans ses projets, le jeune homme incite le maître à trouver un rapport personnel, unique, entre dessin et typographie. Illustré de trente eaux-fortes de Picasso, ce premier ouvrage publié en 1931 s’imposera comme un livre illustré totalement novateur, grâce au génie de la mise en page d’Albert Skira. Installé au 25, rue de La Boétie, juste à côté de l’atelier de Picasso, l’éditeur racontera en 1968 sa manière de travailler avec le peintre espagnol. « Nous avions établi un moyen de communiquer assez cocasse. Dès qu’il avait quoi que ce soit à me dire, Picasso se penchait par la fenêtre et soufflait de toute sa force dans une trompette d’enfant. »
Source : © Connaissance de arts (2020).
Photo ci-dessus :
Arlette FRIEDEN – (1930-2023) - Pablo Picasso et Albert Skira à Notre-Dame-de-Vie, Mougins, en [mai 1971] - Epreuve gélatino-argentique - 18 x 23,9 cm. - Cachet au dos, centré : "Photo Arlette Frieden", Genève. - Tampon au dos, en bas, à droite : "Archives nationales, M.P" - Don, Succession Picasso, 1992 - Inv. : APPH854 - © Arlette Frieden.
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