Ce grand libraire a marqué le monde de la bibliophilie tant par sa personnalité que par son érudition.
Rien ne prédisposait Georges Heilbrun (1901-1977) à devenir l’un des plus grands libraires de l’après-guerre. À sa naissance, en Belgique, en 1901, son avenir semble tout tracé. Premier coup du destin : l’installation de ses parents à Paris, où ils inscrivent leur fils au lycée Chaptal ; à leurs yeux, il devait être admis à Centrale et rejoindre les affaires familiales. Les astres en décident autrement – sa devise n’est-elle pas Faventibus Astris (« Que les astres soient favorables ») ?
L’expert Christian Galantaris rapporte cette anecdote éclairante : « Grâce à un professeur de français, qui avait exhibé devant ses élèves une vieille édition de Brantôme, il avait entrevu le monde merveilleux du livre ancien et les félicités qui pouvaient en résulter. Dès cet instant il ne cessa de s’y intéresser de façon grandissante, formant déjà avec son argent de poche une petite collection de livres acquis chez des bouquinistes. » Contre l’avis paternel, il choisit le métier de libraire, perfectionnant son latin auprès d’un curé, et entrant comme apprenti chez Lucien Dorbon, au 6, rue de Seine à Paris ; la librairie déménagera au 156, boulevard Saint-Germain en 1932… et sera achetée par Pierre Berès dans les années 1950.
Programmée pour le 3 novembre 2020, la dispersion de livres précieux de la collection Georges Heilbrun, dont la Gazette Drouot s’était fait l’écho dans son numéro, affirma quelques belles batailles d’enchères.
Ce sont donc 140 livres de sa collection personnelle qui sont passés en vente à Drouot en 2020. Ils représentent le tiers de la réunion initiale, le reste réparti entre deux autres héritiers ayant été déjà dispersé. Parmi les raretés on signalera encore le Systema cosmicum de Galilée (1635) qui, renforçant la théorie de Copernic sur l’héliocentrisme lui valut de féroces poursuites, la première édition des Fables de La Fontaine, vénérable volume de l’un des chefs-d’œuvre de la littérature universelle (1668) en reliure décorée du Second Empire. Dans les modernes on attirera l’attention sur le Parallèlement de Verlaine orné des vaporeuses et oniriques lithographies de Bonnard tirées en rose avec une suite à part des gravures en épreuves d’état, dans une somptueuse reliure mosaïquée de l’époque signée de Marius Michel et, dans un prototype d’avant-garde toujours aussi audacieux, Le Chant des Morts de Reverdy avec des lithographies tirées en rouge à propos desquelles on a pu dire que « Picasso avait réinventé l’illustration du livre », exemplaire en reliure de Mercher décorée d’éclaboussures d’étain en fusion !
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collection : Fonds du libraire Georges Heilbrun (1901-1977)
Notice de Fonds du libraire Georges Heilbrun (1901-1977)

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