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Le bibliophile Heurtebise

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Anciennement librairie Heurtebise, "le bibliophile Heurtebise" propose des informations culturelles en relation avec les métiers du livre, mais aussi des descriptifs de curiosités bibliophiliques. Actualités littéraires, critiques, salons, foires aux livres...


La bibliothèque de Maine de Biran...

Publié par HEURTEBISE sur 20 Mars 2026, 09:11am

Catégories : #Infos Heurtebise

Près de Bergerac, le château de Grateloup, qui appartient toujours aux descendants de l’homme de lettres Maine de Biran, n’ouvre que rarement ses portes aux visiteurs pour leur faire découvrir sa bibliothèque personnelle.

C’est une occasion rare : pénétrer dans le château en Bergeracois, résidence familiale de l’homme de lettres Pierre Maine de Biran. Plus rare encore : se faufiler dans la petite pièce qui abrite la bibliothèque du philosophe et homme politique. Une collection de quelque 3 000 ouvrages anciens qui ont façonné la pensée de l’illustre homme de lettres, mort en 1824.

- Maine de Biran (1766-1824) -

- Maine de Biran (1766-1824) -

Maine de Biran dans ses lectures, par Anne Devarieux.

Quelle pratique de la lecture fut celle de Maine de Biran (1766-1824), l’homme « d’un seul livre », à la publication toujours différée ? Animé sa vie durant par la crainte de donner à sa pensée, en la livrant au public, une forme définitive, le philosophe aura modifié, raturé, corrigé non seulement son texte à venir mais, avec lui, celui de toute la tradition. Accumulant les notes dans les marges, inscrivant à même ses propres livres commentaires et apostilles, il aura par là-même biffé le texte du « livre-Monument », celui qui devait décider du principe de la métaphysique, comme de notre commencement. Lire c’est entendre, c’est-à-dire répéter par la voix ce que l’ouïe entend. La voix biranienne est tout entière mobilisée dans cette mimesis active intime, où celui qui lit entend d’abord son propre écho. Si Biran est un grand lecteur, il est d’abord lecteur de lui-même. Méditative ipso facto parce qu’éminemment active, la lecture n’engage pas seulement notre corps résistant, mais un effort vocal « encore plus intime » que l’effort tout court.

- Château de Grateloup -

- Château de Grateloup -

C’est cette voix tout intérieure rebondissant depuis sa bibliothèque intérieure que les contributions de ce volume donnent à entendre, avec ses reprises, ses déformations ou déplacements de problèmes, voire ses réécritures. Elle ouvre ce qui sera la réception posthume des œuvres commentées comme de la sienne propre, avec ses focales, ses oublis, ses chocs en retour etc. Biran invente des rôles inédits ou les redistribue et s’inscrit dans l’histoire de la métaphysique, en inaugurant d’autres lectures, en aval. Une invitation par conséquent à se mettre à l’écoute d’une œuvre en mouvement, de son rythme et de ses cadences, à relire un Biran qui va toujours au-delà du biranisme, à relire un philosophe tel que ses lectures le changent mais le conduisent au seuil d’une porte qu’il ne franchira pas.

Philippe Bories, 73 ans, arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils de Maine de Biran, est le propriétaire des lieux et le dépositaire de sa bibliothèque. © Crédit photo : Thomas Jonckeau – Sud-Ouest.

Philippe Bories, 73 ans, arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils de Maine de Biran, est le propriétaire des lieux et le dépositaire de sa bibliothèque. © Crédit photo : Thomas Jonckeau – Sud-Ouest.

CHATEAU DE GRATELOUP

Note par Glady de Brégeot, 23 juin 2023.

On accède au château par une allée de platanes centenaires, qui amène à un porche à mâchicoulis, seul vestige de la maison forte du XVe siècle qui précéda l’actuelle demeure.

Vers 1590, Raymond de Faure de Lussas, mariée en 1612 à Jeanne de Gachon, fait construire le premier corps de bâtiment central avec ses dépendances en lieu et place de la maison forte.

Leur fils, Pierre de Faure de Lussas, épouse, en 1647, Marthe de Bacalan et Marguerite du Faure de Lussas, sœur de Pierre, épouse, en 1657, Thomas de Bacalan. Ces deux unions sans postérité amènent une donation à leur neveu par alliance, Timothée de Bacalan, seigneur de Maisonneuve. Ce dernier se marie avec Anne de Vergnon en 1680 et Grateloup est entièrement remanié avec deux ailes ajoutées. Le tout, traité avec noblesse et discrétion, donne l’impression d’une gentilhommière rustique avec, en façade arrière, un jardin en terrasse et deux pavillons plus hauts accolés au corps de logis.

Timothée de Bacalan revend la seigneurie le 14 juillet 1718 à David Daniel d’Alba de Grateloup, vicomte de Monbazillac. Celui-ci la revend en viager à Joseph Deville. Sa fille Marie Camille Deville-Vermont épouse le 30 juin 1756 Jean dit Maine Gontier de Biran Docteur en médecine et maire de Bergerac, selon une tradition ancestrale qui maintiendra les Gontier de Biran au corps de ville durant 58 ans. Ils auront 8 enfants dont le philosophe Marie François Pierre (1766-1824).

- Porte documents appartenant à Maine de Biran -

- Porte documents appartenant à Maine de Biran -

A la mort de son père, en 1792, Maine de Biran qui s’est enrôlé à Paris, en 1785, dans la compagnie de Noailles comme garde du corps du roi, revient en Dordogne et s’installe deux années à Grateloup avec sa mère où il écrit sa première œuvre philosophique. Le conventionnel Boussion, médecin et député du Lot et Garonne le fait nommer, en 1795, administrateur de la Dordogne. La même année, pour remplir ses fonctions, il s’installe à Périgueux chef-lieu du département, dans l’hôtel particulier familial de la rue de la Clarté.  Il y vivra avec sa première épouse Louise Fournier qui lui donnera trois enfants.  

De 1806 à 1811, il est sous-préfet de Bergerac et deux problèmes le préoccupent : « la vaccine » et « l’instruction publique », il fonde la Société Médicale et crée l’École Secondaire de Bergerac. Ensuite, sa notoriété le fait entrer dans les sphères des nouveaux pouvoirs politiques de Napoléon à Louis XVIII. Il meurt à Paris, le 28 juillet 1824, dans sa 58ème année. Sa dépouille est transférée, en 1841, au cimetière de Saint-Sauveur.

Son fils Félix (1796-1879), né de sa première union avec Louise Fournier, hérite du domaine à son tour. Il réorganise lui aussi, le corps de logis. De son mariage, en 1823, avec Caroline Valleton de Garraube, il a une fille, Éléonore Maine de Biran qui épouse, en 1854, Pierre Jules Savy, qui hérite à son tour en 1879.

L'aile Sud du château n’existe plus. Une chapelle a été construite en 1880.

Le propriétaire actuel, par le jeu des alliances, doit sa légitimité à Madeleine Savy, fille d’Eléonore, qui a épousé, en 1879, René Durand de Ramefort.

Les façades et les toitures du château et du châtelet d’entrée sont inscrites au titre des Monuments Historiques en 1973 et le 24 mars 1997.

Inédits de Maine de Biran - Sous la direction d’Anne Devarieux – 2026 – 344 pages. - ISBN : 2-84137-449-6. © Éditions Jérôme Million.

Inédits de Maine de Biran - Sous la direction d’Anne Devarieux – 2026 – 344 pages. - ISBN : 2-84137-449-6. © Éditions Jérôme Million.

Ce volume réunit les actes du colloque international qui s’est tenu à l’université de Caen en novembre 2024, à l’occasion du bicentenaire de la mort du philosophe et il contient, en annexe, un inédit du philosophe sur le phénomène de l’hallucination. Avec les contributions de : Alessandra Aloisi, Bernard Baertschi, Bruce Bégout, Antoine Bocquet, Charles Braverman, Carla Canullo, Anne Devarieux, Benoit Gide, Jérôme Laurent, Marco Piazza, Arnaud Pelletier, Camille Riquier, François Trémolières, Luis Umbelino, Denise Vicenti.

© Éditions Vrin – Victor Delbos – 1931.

© Éditions Vrin – Victor Delbos – 1931.

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